MANIÈRES DE VOIRE

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L’agriculture urbaine au Sénégal, une activité en voie de disparition

Depuis l’indépendance du Sénégal en 1960. La région de Dakar ne cesse d’accueillir des populations venues de tout le pays à la quête d’une vie économique meilleure. Cet afflux démographique a fait de cette presqu’île du Cap-Vert une forte agglomération avec un taux d’urbanisation de l’ordre 96%. Cette concentration de populations sur une superficie de 550km2 pose des questions de développement majeures parmi lesquelles l’accès au logement est le non moins important. En effet, la région de Dakar est aujourd’hui confrontée à un important déficit de logements qui fait que les rares terres agricoles encore existantes de cette région font l’objet d’énormes spéculations.

L’agriculture urbaine est une pratique très ancienne dans la région de Dakar grâce à des  conditions climatiques favorables à son développement. De nos jours, elle couvre 60% de la demande en légumes de la région tandis que sa  composante avicole représente 33% de la production du pays soit 65 à 70% de la demande nationale. Malgré ce fort potentiel, cette activité est confrontée aux réalités urbaines d’aujourd’hui qui font que son périmètre foncier ne cesse de se rétrécir au profit de projets immobiliers beaucoup plus rentables aux yeux des bailleurs (banque et institution de financement) et peut-être même des autorités politiques.

Par conséquent, il urge que les pouvoirs politiques réagissent face à cette situation en mettant en œuvre des politiques de sauvegarde et de promotion de l’agriculture urbaine à Dakar et dans toutes les régions où cette pratique est possible. En effet, l’agriculture urbaine à Dakar c’est près de 15.000 emplois directs générés chaque année et à l’heure de la crise de l’emploi dans notre pays il serait dommage de perdre une activité aussi pourvoyeuse d’emplois. Certes, l’Etat doit répondre de manière positive à la question du logement à Dakar mais cette réponse ne doit pas se faire au détriment de l’agriculture urbaine.   Ainsi pour ne pas voir la disparition de cette activité, il est important de faire appliquer le schéma directeur d’aménagement du territoire (SRAT) de la région de Dakar dans lequel les zones agricoles sont bien délimitées et exclusivement destinées à l’agriculture.

Aujourd’hui, la spéculation foncière à Dakar qui est une menace réelle à la survie de l’agriculture urbaine n’est pas seulement entretenue par les promoteurs immobiliers. L’Etat à travers ses nombreux projets dénuée de toute cohérence avec les outils de planification territoriale d’une part et des différentes politiques de décentralisation d’autre part participe activement à faire disparaître la pratique agricole dans la région. C’est dans cette optique qu’entre le projet de construction de l’arène nationale de lutte dans le site du technopôle qui est une zone d’une grande valeur écologique en plus d’accueillir l’une des plus grandes zones de production agricole de Dakar. Quand à la politique de décentralisation amorcée depuis 1996, elle a transféré toutes les compétences liées à la gestion foncière aux collectivités locales dirigées par une classe politique dont l’objectif principal se limitait à leur propre enrichissement. Et la conséquence dix sept ans après la création des collectivités locales est la quasi disparition de la plupart des terres agricoles dans les communes (Guédiawaye, Pikine, Malika, Yeumbeul, Keur Massar, Sangalkam etc.) jadis réputées pour l’importance de l’agriculture dans leur terroir au profit de logements mal planifiées et qui en cette période d’hivernage se retrouve dans les eaux.



19/09/2013
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